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Pharmacopée africaine et médecine occidentale Le "Desmodium" efficace pour traiter les hépatites virales
Les docteurs Anne-Marie et Pierre Tubéry ont travaillé cinq ans dans un dispensaire fondé par les Petits-Frères de Foucaud au milieu des populations montagnardes du Nord Cameroun. Ils voulaient, dans un souci humanitaire, leur apporter les bienfaits de la médecine moderne. Mais, en raison de leur contact étroit avec la population locale, ils ont constaté que l'Afrique pouvait - et devait - apporter une contribution importante à la médecine universelle.
Dans les régions où le milieu est particulièrement agressif sur le plan sanitaire, l'humanité ne peut survivre que si elle dispose d'une médecine efficace, même si elle est traditionnelle. Cette affirmation mériterait certes d'être développée, mais prenons un seul exemple: l'hépatite virale est très courante en Afrique et, dans de nombreuses régions, elle est bien maîtrisée par les tradipraticiens et leurs plantes hépatoprotectrices. Parmi celles-ci, le desmodium adscendens est particulièrement efficace. II en existe d'autres, mais qui n'ont pas fait l'objet d'études aussi approfondies. En 1963, dans une de ces auberges africaines, qu'on trouve aux carrefours des pistes, je rencontre un vieil, colon" français bien intégré au Cameroun. - Comment allez-vous ? - Moi, bien. Par contre, ma femme a une bonne jaunisse et je sais que vous n'avez rien pour ça. Mais il y a, ici, des guérisseurs qui ont une plante formidable. D'ailleurs, depuis deux jours qu'elle en prend, elle va déjà mieux. De fait, après une semaine, il n'y avait plus trace de jaunisse chez cette femme. Auparavant, j’avais vu un tradipraticien guérir un psoriasis rebelle et une lèpre lépromateuse, affections pour lesquelles notre médecine moderne était particulièrement impuissante. Notre infirmier, François N'Kodo, originaire du Sud Cameroun, m'en procura quelques plants que je fis identifier à mon retour par M. et Mme Raynal, botanistes au Museum à Paris. C'était du Desmodium adscendens, légumineuse qui sert de fourrage aux chèvres en Afrique équatoriale. Cet usage fourrager donnait une présomption d'absence de toxicité de la plante, confirmée par les guérisseurs africains qui l'utilisaient pour la consommation humaine. Pour la bonne règle, nous avons effectué des études toxicologiques que nous avons prises en charge, les établissements pharmaceutiques ne s’intéressant pas à cette plante. Raison invoquée : trop de travail et donc trop de frais avant d’arriver à produire un médicament purifié et rentable. Les expertises du Centre international de toxicologie ont été rassurantes : aucune toxicité, pas d'effet mutagène. Nous nous sentions donc moralement le droit d'administrer cette plante africaine en décoction à des malades. L'un de mes amis a présenté une hépatite virale sévère. et la « tisane » l’a remis sur pied en quatre ou cira jours. L'ictère et la fatigue ont disparu, l'appétit est revenu. Les transaminases sont passées d'environ 600 unités à 55 la première semaine et à 25 après quinze jours. Pendant quelques années, nous nous sommes limités, ainsi que les médecins qui s'intéressaient à ces plantes, au traitement des hépatites virales. L'étude des trente quatre premières observations exploitables a montré, quelle que soit la variété de virus, les résultats suivants Dans les onze cas où le traitement a été appliqué avant te troisième jour de l'ictère, le retour à la normale de la couleur des téguments et des urines s'est aux effectué après cinq jours de traitement. Après ces cinq jours, les transaminases G.O.T. et G.P.T., qui étaient en moyenne respectivement à 730 et 640 unités, ont baissé à 65 et 58 (pour une norme de 30 et 25). Le temps de normalisation parfaite n'a pas dépassé vingt jours dans ces onze cas. Dans les quatorze cas où le traitement a été appliqué entre le troisième et la vingtième jours après l’apparition de l’ictère, les transaminases ont baissé au dessous du tiers de leur valeur entre le premier jour et le dixième jours du traitement. Enfin, dans les neuf cas (dont les paramètres cliniques et biologiques étaient encore perturbés) où ce traîtement a été instauré après le vingtième jour d'ictère, les résultats ont été variables. Il y a eu, dans les neuf cas, un infléchissement des transaminases, mais la normalisation totale n'a été obtenue que dans quatre cas, après des délais de deux à quatre mois. Les cinq autres n'ont pas été normalisés, ce fait signifiant le passage à l'hépatite chronique auto-immune. On sait en effet que, lorsqu'une hépatite virale devient chronique, d'autres facteurs que le virus interviennent : l'auto-immunité, c'est-à-dire l'attaque du tissu hépatique par nos propres défenses en quelque sorte trompées par les messages antigéniques du virus, et la fibrose hépatique, où les fibres de la cicatrisation enserrent les cellules normales et qui peut aboutir à la cirrhose.
Un excellent protecteur du foie Après cette étude. des centaines d'hépatites virales traitées en phase de début ont confirmé l'effet à peu près permanent du Desmodium à ce stade de la maladie. Vers 1983, un médecin d'un centre traitant des toxicomanes nous a relaté une observation intéressante: un toxicomane présentait une hépatite toxique très grave, et le Desmodium l'avait guéri en quinze jours. Son efficacité dépassait donc le traitement des hépatites virales, et elle était liée à une protection globale contre les atteintes de la cellule hépatique. Or, si les hépatites toxiques accidentelles sont rares, il n'en est pas de même des atteintes hépatiques médicamenteuses, notamment, celles provoquées parfois par la chimiothérapie anticancéreuse. Utilisé en prévention des effets secondaires hépatodigestifs de la chimiothérapie, le Desmodium adscendens évite, presque à chaque fois, les atteintes hépatiques mesurées par l'augmentation des transaminases et diminue aussi considérablement les troubles fonctionnels, comme les vomissements, les nausées ou l’inappétance. En relisant l'abondante littérature scientifique concernant cette plante, on a pu constater que, dans les hôpitaux du Ghana, on l'utilise dans certaines allergies. Les médecins français ont confirmé l'effet bénéfique, parfois curatif mais toujours adjuvant, dans la plupart des allergies de type 1 : urticaires, rhume des foins, certains asthmes et eczémas. Des études, menées à la fois au Ghana et au Canada, ont expliqué cette action sur l'asthme : des extraits de la plante inhibent les contractures engendrées par l'histamine sur les muscles lisses (bronchiques ou intestinaux) du cobaye. On sait que l'histamine, sécrétée par certaines de nos cellules, est responsable de l'asthme ou des coliques allergiques.3 D'autre part, le test au tétrachlorure de carbone provoqué chez les rats a montré que l'hépatite toxique engendrée par ce produit chimique était significativement bien moins grave chez. ceux qui, en plus, avaient reçu du Desmodium. La mesure des transaminases l’a confirmé.
Rentabilité, d'abord ! On peut se demander pourquoi le Desmodium adscendens n'est pas plus connu. Tisane trop bon marché pour être rentable, purification des principes actifs trop onéreuse pour un résultat incertain : c'est ainsi que des thérapeutiques traditionnelles, dont l'efficacité a été constatée par des médecins, en Afrique ou ailleurs, dorment dans des dossiers, en attendant les essais cliniques officiels qui en feront ultérieurement des thérapeutiques éprouvées, comme dit l'Ordre des médecins. Soyons clairs. Un médicament nouveau ne sera pas mis en chantier par un établissement pharmaceutique s'il n'est pas rentable, même s'il est porteur d'un progrès thérapeutique susceptible de sauver des millions de vies humaines. Scandaleux ? Oui. Mais ce n'est pas sa faute : son statut d'entreprise privée l'oblige à la rentabilité, comme s'il vendait des voitures ou des chaussettes. C'est le système qui est pollué par le détournement de sa finalité. Quelques faits nouveaux nous disent que cela peut changer. Les pays en voie de développement ont maintenant suffisamment de scientifiques pour étudier et mettre en valeur leur pharmacopée traditionnelle. Pour le Desmodium, par exemple, une étude clinique hospitalière est en cours à Ramalso (Mali), et ses premières conclusions rejoignent les nôtres. Malheureusement, la mise au point d'un médicament universellement reconnu relève, pour l’instant, du monopole de fait que détiennent les grands établissements pharmaceutiques des pays industrialisés. Mais la vérité scientifique finira par passer. Des médecins hospitaliers, en Europe, sont aussi conscients de ce problème, et ils commencent à apporter leur contribution efficace. Certains hommes politiques aussi. L'actuel ministre de la Santé, M. Douste-Blazy, a dit sa volonté de résoudre le problème des « médicaments orphelins » (qui ne trouvent personne pour s'occuper d'eux, même sils sont très valables). II rejoindra ainsi les préoccupations d'un autre ministre de la Santé, Jack Rallite, qui disait, en 1982, quelques semaines avant qu'il ne soit démissionné : " Le médicament n'est pas une denrée comme une autre : il doit échapper à la loi de la rentabilité." Enfin et surtout, il y a l'opinion publique. Elle s'est manifestée lors de l'affaire du sang contaminé. On a condamné, pour homicide plus ou moins involontaire, les responsables de !a vente de produits contaminés dont le retrait du commerce aurait été "trop onéreux". D'autres responsables de la santé, sous un prétexte de légalité qui camoufle souvent des intérêts financiers, interdisent la mise en place de médicaments qui pourraient sauver la vie de millions d'humains. Est-ce moins grave ? En fait, à cette opinion publique, il ne lui manque qu'une chose: le droit à la parole. Peut-être le projet d'un Parlement social, préconisé parla Mutualité française, comblera-t-il cette lourde lacune.
Dr Pierre TUBERY
(Vous et votre Santé n° 21 – mars 1995)
Emploi : 4 à 6 gélules par jour.
NB : Les indications thérapeutiques ne sont données que pour information et ne sauraient se substituer aux conseils de votre médecin ou de votre thérapeute.
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